Vivre à L.A.

Salaire et revenus: combien faut-il vraiment gagner pour vivre à Los Angeles?

Quel salaire faut-il pour vivre à L.A.? En famille, célibataire, classe moyenne, classe aisée... Ayez une idée chiffrée de ce qu'il faut gagner ici.

Le salaire moyen à Los Angeles (Los Angeles median income) est d’environ 60 000$ brut par an. Cela peut paraître beaucoup depuis la France, mais il faut comprendre qu’ici, se loger, se soigner, cotiser et tout le reste, coûte cher. 60 000$ c’est donc un revenu moyen pour un professeur dans une école ou un employé standard dans une entreprise à L.A.. Avec ce salaire, vous êtes dans la classe moyenne (voire moyenne basse) de Los Angeles. Traduction: les enfants vont à l’école publique, on ne part en vacances que quelques jours par an, on fait les courses chez Trader Joe et Costco, on roule en Ford ou Honda, on habite un petit appart et le week-end, on va à la plage regarder la mer. Rien d’extravagant, rien de dramatique non plus. 60K correspond à la vie normale d’un américain. Voilà la base à connaître.

Vous concernant, si vous êtes employé, vous devez donc partir de ce revenu moyen. Plus ou moins 60 000$ (soit environ 4 000$ net par mois) si vous êtes célibataire, et entre 100 et 150 000$ si vous êtes une famille (soit 6 000 à 9 000$ net par mois avec deux salaires).

Maintenant, parlons du confort et de la sécurité. L’américain moyen, au contraire de vous, expat venu du pays des Lumières, ne connaît pas l’idée même des soins de santé gratuits, des longues vacances en France, des aides au logement, des ronds points fleuris, de la retraite assurée, de l’école à plein temps dès 3 ans, des repas bio à la cantine, des maisons en dur, des chèques resto, de la CAF, etc, etc.. L’américain moyen de L.A., pour ce qu’il gagne et comparé au niveau de vie français, vit avec moins de confort social et une qualité de vie plutôt basse. En gagnant comme lui, soit certainement plus que ce que vous touchiez en France, vous devrez donc aussi accepter un nouveau lifestyle et faire une croix sur beaucoup de vos acquis et réflexes français.
Aussi, autre détail à prendre en compte et qu’on oublie souvent: l’américain moyen qui gagne ce salaire, habite peut-être L.A. depuis toujours, il a donc peut-être acheté sa maison à l’époque où elle coûtait 10  fois moins cher – ou en a hérité-, est habitué à ce paysage urbain assez brut, et bénéficie aussi sûrement des avantages logistiques qu’un immigré n’a pas: aide de la famille pour les enfants, réseaux professionnel et amical pour les opportunités, connaissance du système bancaire (crédit score, hypothèque, etc), quasiment pas d’impôt sur les donations et successions, bonne compréhension du système scolaire (bourses, options, inscriptions, astuces diverse pour bien cheminer), rapport différent à la santé,  voiture déjà achetée, etc. Il est chez lui, il jongle avec les crédits et la spéculation, accepte de travailler toute l’année, ne connaît pas le confort mental du filet social,  n’envisage pas des vacances en France tous les été, sait comment profiter de l’inflation, a l’habitude d’investir dans l’immobilier ou sur les marchés, et fait parfois l’impasse sur l’université pour ses enfants ou les soins de santé. Vous, vous n’êtes pas américain et en arrivant ici, même à salaire égal, vous partirez de plus loin. Voilà la réalité.

Si vous voulez vivre à la française CSP+, c’est à dire : continuer à manger bio et « gourmet », vous offrir un petit fromage importé sans trop regarder le prix, sortir et profiter des restaurants américains, aller à un match de NBA de temps en temps, inscrire votre enfant dans une école publique de qualité, avoir une nanny occasionnel pour votre petit dernier, disposer de deux voitures de moins de 5 ans, pouvoir rentrer en France en famille tous les étés, et vivre dans une petite maison pas trop trop mal située à L.A., à la louche, il faut MINIMUM tout doubler: 100 000$ pour un célibataire, 200 000$ pour une famille avec 1 seul enfant. Ces revenus correspondent à une classe moyenne à moyenne-aisée (150K annuel étant un salaire de cadre sup pas excessivement rare à L.A., donc les couples de cadres actifs tournent vite à 300K ici), des dépenses de confort assez élevés pour les États-Unis mais pas du tout exceptionnelles à LA. D’un point de vue local, vous n’êtes toujours pas dans l’american dream. Pour avoir une piscine à débordement dans les collines, une Tesla, 2 enfants au Lycée Français, voyager en business class pour les vacances de noël, faire ses courses à Whole Foods sans compter et vivre encore plus confortablement que ce que je viens de citer, alors il faudra peut-être gagner 500 000$, sans compter les bonus, être entrepreneur à succès, bref, palper à mort – ce qui, du reste, est courant à Los Angeles.

Bien entendu, beaucoup vivent avec moins, je vous rassure. Des étudiants, jeunes stagiaires et autres profils en transition vivent ici avec 2 000$ mensuels. Mes estimations sont prudentes et prennent en compte les frais de santé basiques, les petits imprévus et un logement individuel décent. Il est difficile d’estimer une assiette moyenne car chacun a des attentes différentes pour son bonheur, son équilibre et sa famille. L’expatriation n’est pas qu’un calcul, c’est avant tout une histoire de cœur et d’aventure.

Aller faire une rando dans les collines, c’est gratuit. Faire un footing sur la plage, c’est gratuit. Aller au musée Getty, c’est gratuit. Et obtenir une bourse ou une place dans une très bonne école publique, c’est possible. Tout comme il est possible que vous tolériez bien de vivre dans un appartement sans clim avec vue sur un parking, là où pour d’autres, ça serait l’enfer. Pour vous donner une idée plus claire, disons qu’ici, gagner 4 000$ net par mois, c’est un peu l’équivalent de gagner 2 000€ net par mois à Paris (mais sans aides, sans famille, sans épargne retraite, sans crèche, sans carte vitale, etc). Et pour un couple de cadres sup avec 1 enfant qui vit à Neuilly avec 10 000€  par mois (revenus nets commun), ici il faudra tabler sur du 20 000$ net pour conserver un niveau de vie à peu près équivalent. Si on compare L.A. à Paris, on peut préférer L.A. pour l’espace (maisons individuelles), l’ambiance relax et le soleil. Mais si on vient de la province, qu’on est habitué à avoir de beaux paysages, la famille pas trop loin et une qualité de vie élevée, alors L.A. sort perdante du duel.

Dans tous les cas, sachez qu’en vivant à L.A. vous n’économiserez probablement pas. Au mieux, avec un apport de 20%, vous arriverez à investir dans l’immobilier. Je ne connais personne qui, ici, arrive à mettre de côté et d’ailleurs, les américains ne cherchent même pas à le faire. Ils préfèrent investir, dépenser ou s’upgrader. On n’économise pas à L.A.. On change de vie, et si on a beaucoup de chance, on finit par faire fortune… Au moins d’un point de vue français.

LES DÉPENSES:

  • Le premier poste de dépense est a priori le logement. Louer un studio à L.A. coûte grand minimum 1500$ par mois et ce prix tend à augmenter. Pour moins de 1000$ par mois, il faut s’attendre à devoir partager votre chambre et oublier même l’idée d’une salle de bain privée. On parle ici du bas du marché, donc n’espérez ni une belle vue mer, ni une piscine. Côté frais, il faut ajouter la caution, l’avance de plusieurs loyers, les meubles et factures utiles (électricité, gaz, tv, etc). Pour 2 chambres, il faudra payer environ 2.500 à 3.000$, et pour une maison avec 3 chambres, prévoir 5.000$ n’est pas exagéré. Comptez minimum 7.000$ pour une maison de 4 chambres avec piscine dans un beau quartier. Si vous souhaitez acheter, le prix d’une maison 3 chambres tourne autour de 1.000 0000$ dans les quartiers émergements encore accessibles. Les quartiers chics, eux, n’offrent rien à moins de 2 millions pour une petite maison au jardin souvent minuscule.
  • La nourriture dépend de chacun. Vous pouvez dépenser 3000$ par mois à vous seul si vous vous faites livrer un plat tous les midis au bureau, allez au resto tous les week-ends, n’achetez que du bio et faites des livraisons le soir quand vous avez envie de sushis. Un caddie plein chez Whole Foods, équivalent bio de Monoprix, coûte dans les 450$. Cela fait 2000$ par mois de courses alimentaire pour un foyer aisé. D’autres familles, plus économes, arrivent à tenir des budgets très serrés comme 600$ par mois en faisant la cuisine au plus calculé et en limitant les extras. Seul, vous pourrez manger correctement pour 100$ par semaine (merci Trader Joe).
  • La santé coûte cher et ne s’aborde pas exactement comme en France. Si la majorité des employés qualifiés bénéficient d’une assurance privée proposée par leur employeur, il faut souvent compléter de sa poche (70% payés par l’entreprise, 30% restent à votre charge) et mieux vaut vérifier sa nature. Il existe plusieurs degrés de couverture et un petit tiers payant reste généralement à votre charge (par exemple 15$ à payer pour une consultation qui en valait 250). N’hésitez pas à négocier le paiement total de votre assurance santé, c’est toujours ça de gagné. A la louche, une protection santé coûte  plusieurs centaines de dollars par mois et pour une famille avec enfant, il faut tabler sur minimum 1500$ (mais certains bouquets classiques vont jusqu’à 3.000$ pour une famille de 3). Ce prix mensuel n’exclut pas que vous ayez à payer des franchises en cas de consultations, achat de médicaments, analyses ou opérations et ne vous autorise pas à aller voir n’importe quel médecin. Beaucoup d’assurances limitent le choix à un réseau restreint. Notez que les résidents (citoyens et cartes vertes, peuvent, sous conditions d’age et/ou revenus, bénéficier d’une couverture santé, le fameux Medicaid d’Obama). Exemple qui illustre quand bien les choses: une FIV prise en charge à 100% en France coûtera ici, à LA, plusieurs dizaines de milliers de dollars à votre charge, même si vous êtes bien assurés.
  • La voiture est assez essentielle au regard des distances et de la manière dont est faite la ville. A Los Angeles, certaines rues n’ont pas de trottoirs et beaucoup de feux rouges ne laissent jamais passer les piétons à moins qu’ils appuient sur un bouton pour en faire la demande. Hors mis quelques exceptions comme Santa Monica, DTLA ou Pasadena centre ville, les blocs et les magasins sont si grands que tout finit par ressembler à une zone commerciale périurbaine voire une zone industrielle. Marcher est donc possible mais pas idéal. Le plus économique reste alors l’achat d’une voiture d’occasion: à partir de 3.000$ pour une citadine qui « roule » et jusqu’à 20.000$ pour un modèle type SUV de moins de 5 ans. La plupart des californiens, eux, préfèrent faire un lease pour un véhicule haut de gamme qui reste à la page. Vous croiserez énormément de Tesla ou Range Rover qui coûtent 1.000$ par mois à leur conducteur.
  • Les factures diverses comme l’électricité, le gaz, l’essence, l’assurance auto, civile et logement, internet, la télé ou le téléphone sont très variables. Tout est question de profil. La facture en électricité d’un petit appartement est différente de celle d’une grande maison. Idem pour les assurance voiture, tout dépendra de votre véhicule, votre age, etc. En gros, compter 300 à 1000$ pour le tout, selon que vous êtes seul, en famille, dans une grande maison, un appart, etc.
  • Les enfants représentent un poste variable. En école publique et si l’un des parents est à la maison (pour gérer l’after school ou le congé parental), l’éducation n’est pas onéreuse. Mais la facture explose littéralement si les enfants sont mis en école privée (notamment française), où il faut débourser minimum 2000$ par mois et par tête. Même chose pour les frais de garde par une nounou (15$ de l’heure minimum) quand on prend en compte que l’école finit parfois à 13h. Et souvenez-vous: avant 5ans, il n’existe aucun moyen de garde gratuit. Ça sera minumum 2000$ pour quelques chose de central et correcte.
  • Le plan retraite. Une des raisons qui expliquent les salaires élevés aux USA c’est que les cotisations sociales (santé, retraite,…) ne sont pas automatiquement prélevées. Ainsi pour vos vieux jours, c’est à vous de mettre de côté sur des plans épargne conçus à cet effet et dont le plus commun porte le doux nom de 401K. Vous pouvez faire semblant de ne rien avoir lu, et miser sur la chance, la croissance, le loto ou autre. Mais en moyenne, les américains prévoyants déposent chaque mois 15% de leur salaire net sur ce compte. A titre indicatif,  il est conseillé d’y déposer 20K par an, soit le maximum possible légalement parlant. Il est aussi bon d’y avoir accumulé 2 ans de salaire brut annuel à l’age de 35 ans (soit plus de 100.000$ pour un salaire moyen), et cette somme avance d’un 1 point tous les 5 ans ( donc 3 ans de salaire brut à 40ans, 4ans de salaire brut à 45ans, 5 ans à 50ans, 6 ans à 55 ans, etc.). Bref, souvenez-vous qu’ici l’État n’est pas votre maman et que c’est à vous de préparer votre retraite en capitalisant (compte 401K, investissement immo, etc).
  • Mais encore? S’ajoute à tout ça les impôts sur le revenu, les loisirs, les vacances, les billets d’avion pour la France, les imprévus, le shopping, le remboursement des crédits, l’achat des meubles,…

Vivre à L.A. est génial mais si vous tenez à votre confort, souhaitez revenir en France souvent, avez une famille nombreuse, souffrez de problème de santé lourds, et dans le même temps, disposez de revenus moyens voire modestes, soyez bien conscient qu’il y aura des sacrifices à faire. Los Angeles est une ville de contrastes où l’extrême pauvreté côtoie la richesse la plus opulente. Je connais des expats qui ne peuvent s’offrir une visite chez le dentiste, et j’en connais d’autres, qui payent sans broncher 10 000$ par mois rien que pour l’école de leurs gamins. Gagner beaucoup, oui, mais pourquoi?

Les dépenses exponentielles d’une vie de famille en Amérique et les prix fous de l’immobilier à L.A. amènent beaucoup de californiens à quitter la région. A 35 ou 40 ans, ils partent pour Phoenix, Portland, Houston, Denver, ou la Floride où ils peuvent espérer vivre mieux pour ce qu’ils gagnent, avoir une maison avec piscine et peut-être même télétravailler. Pendant ce temps, l’immobilier de Los Angeles continue de grimper, boosté par les arrivants de SF ou NY et la ville continue d’avoir cet aspect très contrasté. D’un côté, ces maisons rénovées ultra modernes qui poussent comme des champignons, de l’autre la pauvreté qui s’aggrave et fait ressembler les bords de certaines routes à des bidonvilles. Si vous trouvez qu’en France il y a trop d’inégalités, vous n’êtes pas prêt pour L.A..

Los Angeles est la ville du quitte ou double, et des extrêmes. Pour une parenthèse, ou pour la vie, seule, ou en famille, réfléchissez bien avant de plonger. Les salaires sont différents, oui, mais il en va de même pour les postes de dépenses, le rapport à l’argent, à la vie, les standards immobiliers, le système éducatif et sociale, la qualité de la nourriture, etc.

Bienvenue en terre capitaliste!

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