En vivant à Los Angeles, j’ai découvert que je faisais partie de communautés. Je n’en avais pas conscience en France, mais, que je le veuille ou non, mon CV, mon âge, ma langue, mes origines, celles de mon mari, le travail, tout ça me rapproche de ceux qui me ressemblent, et participe ici, à mon intégration.
Ce communautarisme, au début je l’ai ignoré voire rejeté. Et puis, très vite, il a bien fallu reconnaître qu’en Amérique, la vie fonctionne beaucoup comme ça et que ça a du bon, parfois. Avec des yeux typiquement français, on voit venir le racisme, l’intolérance, le manque de mixité sociale, les ragots, le rejet des différences. Oui, clairement, ça fait partie du paysage américain et aussi du monde des expatriés. Mais voyons le verre à moitié plein. En tant qu’étranger, nouvel arrivant dans un pays, vous perdez vos réseaux, votre famille, vos amis, et le lien social devient limité au travail, si travail il y a. Des communautés vont pourtant vous tendre la main et cette entraide spontanée est très utile. Utile pour trouver un boulot plus rapidement, une meilleure nounou, un conseil technique, une voiture pour un déménagement, des astuces, TOUT!
Je ne vous parlerai par des communautés dont je me sens personnellement faire partie car ce lien est invisible, mouvant et je ne l’accepte qu’opportunément. Vous en avez vous-même plusieurs et sans doute, vous ne le réalisez pas bien, pas complètement – surtout si vous me lisez depuis la France. Ces dénominateurs communs vont pourtant vous aider à un moment ou un autre dans votre vie à L.A., et être (peut-être) le départ d’amitiés (comme d’inimitié)!
Premièrement, vous êtes certainement français. Français, ça veut dire quelque chose pour les autres français à L.A., mais aussi pour votre voisine américaine qui adoooore (ou bien déteste) les frenchy. C’est votre première communauté.
Étudions maintenant d’autres pistes:
Votre statut légal: Avoir la green card vous offre une image beaucoup plus stable qu’un visa d’un an type J1. Les expats vous demandent souvent par quel visa vous êtes arrivés et inconsciemment, c’est un moyen de déjà vous juger/jauger. Sans papier, vous êtes une âme perdue que certain ne voudront même pas fréquenter.
Vos origines en France: Il est évident que des rapprochements se créent aussi quand on vient de la même région. Même culture, même accent et parfois des proches, écoles ou souvenirs en commun. Les parisiens peuvent rester des parisiens, même en Californie!
Vos origines tout court: La question de la race est très assumée aux États-Unis et les communautés étrangères, même de 2ème génération, s’entraident activement (et vous aideront donc vous aussi si vous en faite partie). Vous êtes peut-être français mais aussi israélien, chinois, arménien, perse, ukrainien, coréen, nigérien, mexicain, vietnamien…? Au hasard de vos démarches, cela pourrait vous apporter quelques coups de pouce.
Votre religion: Aller à l’église aux États-Unis, c’est souvent entrer dans un vraie famille avec des engagements (dons financiers, bénévolat, rites) et des avantages (appui, accueil, évènements festifs, garderie gratuite). En particulier si vous êtes juif ou chrétien, et à condition d’être pratiquant actif, votre culte peut vous ouvrir un réseau réel.
Vos revenus: Los Angeles n’est par la France et les quartiers vraiment riches n’offrent quasiment aucune mixité sociale. Les loyers pouvant être délirants, en habitant certains quartiers très onéreux (et s’il est besoin de vous le rappeler) vous vous payerez un ticket d’entrée pour une communauté d’élite qui revendique l’entre-soi. Cela marche aussi, dans une certaine mesure, avec les écoles huppées et clubs de sport privés.
Votre métier: Le travail est l’un des premiers facteurs de lien social. A Los Angeles, les secteurs qui sont les plus représentés forment des communautés dans la communauté où tout le monde se connaît. En vrac: chercheurs et cadres à l’université, ingénieurs et acteurs des nouvelles technologies, professionnels du cinéma, de luxe, artistes, sportifs, restaurateurs, ou étudiants de UCLA.
L’école: Si vous avez des enfants scolarisés, l’école peut-être une autre communauté à intégrer. Dans le cas de l’école publique, vous avez l’avantage d’être au contact des familles de votre quartier ce qui facilite grandement les rapprochements. Dans le cas des écoles privées ce sont des valeurs plus hétéroclites qui vous uniront aux autres parents d’élèves. Par exemple: un enseignement en français, la méthode Montessori, le respect des idées religieuses, des critères de sécurités ou de revenus, etc.
Votre profil: Vous êtes parents de 3 enfants? Retraité? Blogueuse mode? Il y a fort à parier que vous n’habiterez pas les mêmes quartiers et ne fréquenterez pas les mêmes endroits selon votre profil, vos priorités et vos centres d’intérêts. Qui se ressemblent s’assemble souvent à L.A..
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Sans que cela doive vous emprisonner dans des cases, il est utile de concevoir que les communautés dont vous pouvez faire partie sont des étiquettes autant que des moyens potentiels de vous intégrer à L.A.. Pas magiques, ni systématiques, ces leviers d’entre-aide existent pourtant bien. Parce que Los Angeles est une terre d’accueil dans un pays encore jeune, et que la communauté française y est relativement petite, on s’y entraide assez naturellement.
Oui, j’ai été choquée de devoir remplir des questionnaires raciales pour une simple inscription dans une école maternelle, d’entendre des américains me déballer sans rougir leur théorie sur telle ou telle race et je n’ignore pas le racisme qui peut régner dans certains coins d’Amérique. Le racisme est là, oui. Mais cette face sombre de la société ne fonctionne pas ici, en Amérique, sans un pendant étonnement lumineux. Les gens vous donnent une chance, vous parlent, vous invitent, vous prêtent, vous aident parce qu’ils sont citoyens, et que souvent, plus simplement, ils se retrouvent en vous. Que vous soyez étranger, français, juif, noir, maman, sportif, artiste, asiatique, ou que sais-je, cela vous ouvrira certaines portes au pays du « Nouveau Monde ». Les américains sont par définition quasi exclusivement des immigrés, et dans une grande ville comme Los Angeles, beaucoup ont grandi à des milliers de kilomètres – juste comme vous. L’entraide va de soit sur cette terre citoyenne, dynamique et positive. Acceptez cet état d’esprit et profitez des mains tendues quand il y en aura.
