Vous vous rappelez de ce générique « Je m’appelle Remi et je suis sans famille! »? Et bien ajoutez » Et sans amis non plus! » et vous avez une petite idée de ce que j’ai vécu.
Los Angeles est une ville tentaculaire où habitent environ 4 millions de personnes (18 millions si on compte la banlieue). Au milieu de tout ça, se trouvent environ 60 000 français. Le Los Angeles des expats frenchy est un petit village. Le problème, c’est que contrairement à un village, tous les habitants ne vivent pas autour du même cloché. Ils habitent parfois à 1h voire 1h30 de route de distance ce qui revient à une densité par habitant proche de celle de la Lozère.
(Tumbleweed qui roule dans le désert)
Quand vous partez vivre à Los Angeles, l’un des derniers problème auquel vous pensez est la solitude. Pourtant, elle existe belle et bien! Plusieurs raisons pour l’expliquer:
- LES DISTANCES: Los Angeles c’est très grand, les gens ont donc tendance à ne pas bouger en dehors de leur quartier (15min de voiture max), ce qui se comprend aisément mais réduit les possibilités. Pour prendre l’apéro, qui prend 3 autoroutes différentes?
- L’EFFET VILLE DE RÊVE: La communauté française n’est pas solidaire du fait que L.A. n’apparaît pas comme une ville qui nécessite un soutien psychologique ou logistique aux nouveaux arrivants. Chacun pour soi.
- LE DÉCALAGE HORAIRE: Appeler vos proches en France est difficile car à cause des 9h en moins, vous avez une bonne partie de la journée (grosso modo à partir de midi) qui correspond à la nuit française.
- LES VISAS ACCOMPAGNANTS: Beaucoup de français arrivent ici sans avoir le droit de travailler. Souvent des femmes, parfois des mamans, ces profils se retrouvent isolés au sein même de leur foyer et sont plus « à risque » – aka la solitude des squares à enfants.
- LE GRAND VOYAGE: 11h d’avion et en moyenne 1000 euros pour un billet de dernière minute n’incite pas la famille ou les potes à venir vous voir très souvent (ce qui marche aussi dans l’autre sens).
- LE TURN OVER: Los Angeles est une terre de projets qui voit les gens aller et venir tous les jours. Les amitiés se créent et se défont au rythme des carrières; fins de visas et problèmes de finance imposent souvent des déménagements.
- LA CONQUÊTE DE L’OUEST: Beaucoup d’américains vivant à LA ne viennent pas de LA; Ils arrivent de l’autre bout du pays, ou du monde, ils sont donc ici sans famille et sans amis. Cela donne à la ville un aspect superficiel et un peu vide.
- LE LIFESTYLE: Au contraire de la France, la vie à Los Angeles se fait énormément en voiture. On se ballade moins à pieds, on se croise moins dans les magasins, on vit juste en plus grand et en plus éparpillé ce qui limite les opportunités.
- LES ÉMIGRÉS PLANQUÉS: Une partie de la communauté française locale vit soulagée et heureuse loin de la France. Ces nouveaux américains ne cherchent pas à rencontrer des français, ils se fondent dans la communauté américaine. C’est leur choix.
Je connais des dizaines d’expats français à Los Angeles. Il y a bien sûr, ceux qui sont là depuis longtemps et qui se connaissent tous entre eux. Le cœur du village. Et puis, autour d’eux, il y a les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore de vrai cercle d’amis mais qui y travaillent, plus ou moins. Une chose est sûre, c’est que tout ce monde là se connaît au moins sans le savoir. Vous êtes toujours à maximum deux personnes de Omar Sy mais ne le verrez probablement jamais.
En moyenne, on dit qu’il faut un an pour commencer (j’ai bien dit « commencer ») et se créer du lien social en (vraie) expatriation. Je dirais qu’à L.A. cela peut potentiellement prendre plus de temps car tout dépend aussi de vous. Trouvez des français avec qui dîner peut prendre 1 semaine, mais trouvez votre nouvelle meilleure amie peut prendre 2 ou 3 ans facile.
Ici, comme n’importe où dans le monde, vous allez avoir besoin des autres pour vous sentir bien. Ne restez pas dans votre coin, oubliez un peu la vie que vous aviez en France, et apprenez à faire des rencontres. Sortez, souriez à vos voisins, proposez votre aide à l’école de vos enfants, inscrivez-vous sur des groupes Facebook, déjeunez dehors, bref, provoquez la chance et au pire, ça sera toujours moins déprimant que resté cloitré chez vous, devant la télé (qui en plus, est en anglais!).
